The great blessings of mankind are within us and within our reach; but we shut our eyes, and like people in the dark, we fall foul upon the very thing we search for, without finding it.
- Seneca


Our ideas, like orange-plants, spread out in proportion to the size of the box which imprisons the roots.
- Edward Bulwer Lytton

Déclaration d'Astra Woodcraft

*Moi, Astra Woodcraft, déclare ce qui suit :*

1. J'ai plus de 18 ans.

2. Les affirmations ici contenues découlent de ma connaissance personnelle et, si je suis appelée à témoigner, je les confirmerai.

3. je suis née en 1978 à Londres, en Angleterre. A cette époque, ma mère était membre de l'église de scientologie.

4. Vers 5 ou 6 ans, ma mère m'a conduit à l'organisation scientologue nommée Saint Hill, East Grinstead, Sussex. Là, j'ai reçu approximativement 12 heures « d'audition ». Un « auditeur » m'a demandé : « Regarde ce mur, merci, marche vers ce mur, merci, touche ce mur, merci, éloigne-toi de ce mur, merci » et d'autres consignes du même ordre. Je devais suivre ces consignes de manière répétitive.

5. Pendant mon enfance en Angleterre jusqu'à mes 7 ans, ma mère appliquait la technologie scientologue à des maladies. Quand je me blessais, elle réalisait une « aide par contact », ce qui veut dire que si je m'étais cogné le coude, je devais toucher la partie concernée jusqu'à ce que cela aille mieux. Je n'avais pas le droit d'arrêter jusqu'à ce que cela aie mieux. Si j'étais malade, elle me touchait avec son doigt et me disais : « Sens mon doigt ». Cela durait jusqu'à ce que je me sente mieux. En fait, je ne me sentais pas mieux grâce à ça, mais je prétendais que c'était le cas sinon elle aurait continué jusqu'à ce que je dise que ça allait bien.

6. Durant toutes mes années passées dans la scientologie, dans toute l'audition que j'ai reçue, je ne me suis jamais senti bien après. J'ai inventé des gains pour m'en débarrasser et en général je me sentais soulagée quand c'était fini, mais craignais de devoir faire d'autres sessions. J'ai toujours gardé cela secret car la scientologie pense que si une personne ne retire aucun gain de l'audition, c'est une personne suppressive.

7. En 1986, j'avais 7 ans et le père de ma mère est décédé. Il lui a laissé un peu d'argent qu'elle a utilisé pour aller à « Flag » (à Clearwater, Floride), l'organisation où les cours supérieurs de la scientologie sont délivrés. Pendant qu'elle était là-bas, elle a été recrutée par la Sea Org, à laquelle ses membres consacrent leur vie entière et soi-disant le prochain milliard d'années. Son but est « d'éclaircir la planète » c'est-à-dire de convertir tout le monde à la scientologie et de les amener à l'état de « Clair ». Elle nous appeler pour nous avertir qu'après avoir signé son contrat et commencé à y travailler.

Elle nous a dit que nous devions tous nous engager, que nous devions déménager à Flag pour vivre dans un bel appartement, que nous, les enfants, irions dans une bonne école privée, et que tout cela serait payé par la scientologie. De plus, elle nous a dit qu'elle et mon père aurait du temps libre supplémentaire le week-end et chaque soir.

8. Lorsque nous sommes arrivés à la Sea Org en 1986, nous habitions – ma mère, mon frère, ma sœur et moi – dans une chambre de motel pendant plusieurs semaines. Ensuite, nous avons déménagé dans les logements de la Sea Org pour les familles avec enfants appelés QI (Quality Inn) et à ce moment-la mon père nous a rejoint. De nouveau, nous avons habité à cinq dans une petite chambre de motel pendant 3 mois, jusqu'à ce que mon frère déménage. Ensuite, nous sommes restés à quatre dans cette chambre pendant une année, jusqu'à ce que je déménage dans un dortoir avec 4 ou 5 autres filles. Je dormais sur un canapé, n'ayant pas de lit à disposition. J'ai habité là pendant un an, jusqu'à la fin de notre séjour à Clearwater.

9. Nous ne sommes jamais allé à l'école privée comme promis, mais à l'école publique. En deux ans, ma mère n'a pris que trois jours de congé. Elle n'a pratiquement jamais passé avec nous le temps consacré à la famille (une heure et demi), restant au bureau de l'autre côté de la ville. Un an après notre arrivée à Clearwater, mon père nous a quittés pour participer aux travaux d'entretien du Freewinds, le navire de la Sea Org. Comme j'habitais dans un dortoir, que mon père était parti et que ma mère ne nous consacrait pas de temps, je ne voyais pour ainsi dire pas mes parents.

10. Pendant cette période, nous sommes retournés une fois en Angleterre pour renouveler nos visas. Mon père, mon frère et moi avons supplié ma mère de ne pas nous ramener en Floride, parce que nous n'avions pas aimé notre séjour. J'ai beaucoup pleuré à ce sujet. Ma mère a refusé et insisté pour que nous y retournions.

11. Pendant les deux ans passés à Clearwater, j'allais à l'école jusqu'à 14 heures, puis travaillai à la « Cadet Org », où nous réalisions différents travaux, tels des nettoyages. Le week-end, nous travaillions aussi.

12. En 1988, à l'âge de 9 ans, ma mère a été promue à un nouveau poste à Los Angeles, Californie. A notre arrivée, mon père a pris un congé pour obtenir de nouveaux visas et travailler pour payer nos dettes. Nous nous sommes installés dans un petit appartement délabré. Après un mois, nous avons déménagé dans un vrai appartement, payé par mon père.

13. Pendant environ une année, de 9 à 10 ans, j'ai été dans la Cadet Org de Los Angeles. C'est là où allaient les enfants des membres de la Sea Org. La journée, nous allions en classe dans un bâtiment loué avec deux niveaux : les plus âgés et les plus jeunes. L'enseignant n'avait aucune formation ni diplôme d'enseignant, c'était un « superviseur » scientologue. Nous n'avions pas de leçons, devant travailler directement à partir des livres et réaliser des « démonstrations » en terre glaise à partir de ce que nous apprenions. Si nous faisons les imbéciles, le superviseur nous excluait de la classe. Cela m'est arrivé à plusieurs reprises. Une fois, à l'âge de 10 ans, une inspection de notre école était prévue. Beaucoup d'enfants sont restés jusqu'à trois heures du matin pour nettoyer les locaux.

14. Chaque jour, après l'école, nous travaillions. Nous nous rendions au sous-sol d'un des principaux bâtiments de la Sea Org où nous faisions du classement, car il y avait des montagnes de papier là-bas. Lorsque nous arrêtions vers 21 ou 22 heures, nous nous couchions sur des lits de camp ou à même le sol avec des couvertures pour nous tenir chaud. Lorsqu'elle sortait du travail, ma mère passait me prendre. Dans mon souvenir c'était entre 23 heures et minuit.

15. Après une année passée dans la Cadet Org, j'ai refusé d'y retourner.

Plusieurs événements justifiaient cette décision. Un garçon s'est énervé, a grimpé au sommet d'un panneau et a menacé de sauter et de se tuer ; un autre m'a jeté un cancrelat et m'a frappé. Ma mère insistait pour que j'y reste, mais j'ai refusé et suis allée vivre avec mon père.

J'ai continué à aller dans leur école, mais après quelques mois, on m'a dit que je devais soit travailler dans la Cadet Org ou partir.

A ce stade, mon père m'a inscrite dans une école privée. C'était une école scientologue, à la demande de ma mère.

16. Dans l'école scientologue où j'allais, appelée « Ability Plus », il y avait de nouveau deux classes.

Il n'y avait pas de programme, ni de cours, et aucun élève n'a terminé son lycée, même s'ils affirmaient que c'était possible.

Nous avons simplement travaillé à partir des livres et des feuilles de contrôle des connaissances. Notre « enseignant » passait plusieurs heures par jour à nous lire le livre de science-fiction de L. Ron Hubbard appelé « Terre, champ de bataille ».

17. A 14 ans, j'ai commencé un cours de scientologie au Celebrity Center d'Hollywood. Très vite, deux recruteurs de la Sea Org m'ont approchée. Ils recrutaient pour Bridge Publications, qui est une organisation de la Sea Org. Ils m'ont dit que si je rejoignais leur groupe, je gagnerais le salaire minimum (plusieurs centaines de dollars par semaine, ce qui représente beaucoup d'argent pour une adolescente), que je n'aurais pas à porter l'uniforme, contrairement à la majorité des membres de la Sea Org et que j'irais à l'école pour finir mon éducation. Ils m'ont aussi dit que, si je voulais, je pourrais avoir des enfants plus tard. Ils ont passé plusieurs heures à me convaincre, allant jusqu'à me dire que ce qui me retenait, c'était mon « esprit réactif ». Les recruteurs s'appelaient Gavin Potter and Malcolm Chisholm. J'ai fini par accepter. Une des raisons qui m'ont convaincu, c'est que ma mère et mon frère avaient déjà essayé de me recruter et que cela leur ferait plaisir.

18. Peu après, j'ai commencé au « Estates Project Force » (EPF), sorte de camp d'initiation de la Sea Org. C'était au mois de mai 1993 et y suis restée deux semaines. A mon arrivée, j'ai dû remplir un formulaire « histoire de vie », dans lequel je devais indiquer toute expérience sexuelle, le nom de mes amis et beaucoup d'autres détails extrêmement personnels. J'ai aussi dû signer un contrat pour un milliard d'années. Je n'ai jamais eu de permis de travail.

L'horaire à l'EPF était le suivant : 06:30 réveil et habillage ; 7:00 petit-déjeuner ; 07:30 meeting, puis courir (pas marcher) atour des bâtiments pour vider les cendriers et les poubelles ; 8:00 étude des documents de la Sea Org ; 13:00 meeting et nettoyage des chaussures ; 13:15 déjeuner ; 13:45 meeting, drill et marches ; 14:15 travail (vaisselle, nettoyage des sanitaires, etc.) ; 19:00 souper ; 19:30 encore du travail ; 22:00 douche ; 22:30 meeting ; 23:15 au lit. Tout ceci 7 jours sur 7.

19. A la fin de l'EPF, en juin 1993, j'ai commencé à Bridge. Le jour de mon arrivée, j'ai été transférée dans une autre org pour 2 mois. On m'a dit que je n'avais pas le choix, n'ayant pas le « statut d'employé ». Je suis donc allée faire du secrétariat au bureau du Chef de la justice International. Je devais porter l'uniforme. Après trois mois, on m'a transférée dans une autre org, sans me laisser le choix, toujours pour la même raison. C'était l'Organisation de formation International. Là, le personnel était payé 15$ par semaine et nourri de riz et de fayots. J'ai essayé de refuser, mais on m'a répété sans fin que je n'avais pas le choix. Une fois là-bas, j'ai pensé que je ne pourrais pas survivre avec ce qui nous était servi ; j'ai donc pris de la nourriture qui ne nous était pas destinée parce que j'avais faim. C'était considéré comme du vol. Cela a duré environ une année.

20. Pendant les six premiers mois dans cette org, j'ai été réceptionniste. J'avais de la peine à suivre les six heures de cours à l'école du samedi, parce que je devais trouver un remplaçant. Là également, l'école était en-dessous de tout, avec environ 60 élèves avec un enseignant pas qualifié. Pas de cours, pas de programme et pas d'examens : on arrêtait simplement d'y aller à 18 ans ou à l'obtention du diplôme d'enseignement général.

21. Peu après être entrée à la Sea Org – j'avais toujours 14 qans – j'ai commencé une relation avec un autre membre appelé Jason Merrill. Il avait 21 ans.

Après deux mois, nous avons été fortement incités par la hiérarchie à nous marier, parce que, avant cela, rien n'était autorisé au-delà du baiser et qu'en cas d'infraction, vous étiez envoyé au « Rehabilitation Project Force » (RPF) – c'est-à-dire aux travaux forcés – pour au moins un an. Au mois de décembre 1993, j'avais juste 15 ans, Jason et moi sommes allés nous marier à Las Vegas.

22. Une fois mariés, la Sea Org n'avait pas de chambre pour que nous puissions vivre ensemble. Nous devions donc continuer à vivre dans nos dortoirs respectifs jusqu'à ce que nous trouvions quelque chose. Nous avons préféré aller habiter à deux pas de là, chez les parents de Jason. Nous avons fait cela pendant quatre mois, sachant pertinemment que si cela se savait, nous risquions gros, car les membres de la Sea Org doivent vivre dans les locaux mis à leur disposition par l'org.

23. Après ces quatre mois, le directeur exécutif International et le patron de l'Organisation des messagers du commandant (CMO) – deux huiles de la scientologie – sont venus inspecter notre org. Ils m'ont demandé si je connaissais quelqu'un qui ne vivait pas sous le toit de la Sea Org et j'ai dû avouer que mon mari et moi étions dans ce cas. On nous a ordonné de rentrer immédiatement au bercaille, mais, faute de chambre libre, nous sommes restés dans un cagibi déjà rempli aux 3/4 pendant une semaine. Nous dormions sur le sol et il n'a avait pas de fenêtre.

24. Après cette semaine dans le cagibi, nous avons déménagé dans une chambre à nous, mais après une autre semaine, elle nous a été retirée et nous avons dû déménager dans un autre bâtiment.

En fait, nous avons appris le déménagement après que d'autres membres aient vidé nos affaires. Dans notre nouvelle chambre, il manquait un carreau qui n'a jamais été remplacé, le tapis était très vieux et la peinture s'écaillait. Nous devions partager la salle de bain avec deux autres couples, sans lumière, sans rideau de bain et en général sans eau chaude. Nous y sommes restés six mois.

25. Après six mois en tant que réceptionniste, je suis devenue Maître d'armes, puis directrice des inspections et rapports. Je devais appliquer les sanctions aux 100 membres de mon org et aux 50 étudiants en formation. Mon premier cas a été celui d'un homme de 40 ans qui s'était masturbé, sa femme étant en déplacement pour formation depuis deux ans. J'étais supposée le faire arrêter. J'avais 15 ans.

26. A ce poste, j'ai eu affaire à des gens voulant quitter la Sea Org. Je devais les convaincre de rester et, en cas de refus, les condamner à de lourdes tâches et les envoyer au « confessionnal », qui durait souvent de six à douze mois, avant qu'ils soient autorisés à partir. Un couple voulait partir et l'a fait deux fois mais est revenu.

Partir sans permission est appelé « blowing ». Je devais les mettre sous surveillance étroite, et, comme il n'y avait personne pour le faire, le faire moi-même. Je dormais sur un matelas devant leur porte et relier mon poignet à la poignée de leur porte pour éviter qu'ils s'échappent. Il fut décidé que quiconque voulait partir devait être mis sous surveillance pour éviter la fuite.

27. J'ai reçu l'ordre de réaliser de nombreuses surveillances pendant mon passage à la Sea Org.

Les personnes ayant des pensées suicidaires étaient immédiatement mis sous surveillance. Les ordres provenaient du Religious Technology Center (RTC), du CMO et du Bureau des affaires spéciales (OSA). A l'époque, mon mari a surveillé pendant 9 mois une membre de la Sea Org de rang OT pour des raisons tenues secrètes ; en fait, elle avait été enceinte et avait perdu son bébé. Elle était surveillée 24 heures sur 24 par mon mari et un autre homme la journée, par d'autres employés la nuit.

28. Je devais aussi enquêter et identifier la « personne suppressive » (SP) si le département ne produisait pas assez. J'ordonnais à des gens de rédiger leur « confession », j'allais en écouter d'autres au « confessionnal », infligeai des amendes, etc. J'ai rédigé une déclaration de personne suppressive qui était déjà partie avec permission, mais devait se soumettre à d'autres sessions de confessionnal desquelles elle n'arrivait pas à venir à bout. Elle a dû se déconnecter de sa famille et de ses amis qui étaient dans la Sea org et son mari a reçu l'ordre de se séparer d'elle, mais il a refusé.

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