The great blessings of mankind are within us and within our reach; but we shut our eyes, and like people in the dark, we fall foul upon the very thing we search for, without finding it.
- Seneca


Our ideas, like orange-plants, spread out in proportion to the size of the box which imprisons the roots.
- Edward Bulwer Lytton

Déclaration d'Astra Woodcraft - Page 2

29. Depuis mon entrée à la Sea Org, j'allais de moins en moins aux six heures hebdomadaires à l'école. Je ne trouvais personne pour me remplacer et ça faisait des histoires. Par ailleurs, le programme a été encore réduit à des exercices d'orthographe et de maths. A 16 ans, j'y allais sporadiquement, à 17, je n'y allais plus du tout. Je n'avais pas l'impression de perdre grand-chose, puisque je n'y apprenais rien. Je n'ai jamais appris les maths, l'histoire, les sciences phasiques et sociales ou l'anglais. Juste de l'orthographe, des lectures, etc. Certains élèves passaient leur diplôme d'éducation générale, mais je ne l'ai pas fait puisque je n'étais pas obligée. Nous savions que le minimum légal pour un mineur est de 20 heures hebdomadaires de classe, mais la loi était volontairement ignorée.

30. Dès mes 14 ans, j'ai travaillé officiellement de 8:00 à 22:00, mais je travaillais régulièrement plus tard, parfois jusqu'à 2 ou 3 heures du matin- Nous avions 30 minutes à midi et 45 le soir, c'est tout. Nous devions même régulièrement travailler pendant nos pauses-repas. Nous avions des problèmes si nous nous rendions à la cantine en dehors de nos heures de pause. Notre horaire était de 7 jours par semaine, mais nous pouvions faire notre lessive et les nettoyages le dimanche matin. Le samedi, nous faisions des travaux manuels, tels des rénovations. En 1995, durant trois semaines, nous avons dû imprimer une énorme quantité de documents révisant toute la technologie scientologue (connue sous le nom « d'âge d'or de la tech » dans l'église). Pendant cette période, tout le personnel, y compris les mineurs, a travaillé en continu pour arriver à imprimer et relier tous ces documents. J'étais chargé d'aller réveiller ceux qui dormaient et les renvoyer au travail. Il m'est arrivé de m'endormir au volant. J'ai dormais deux hures par nuit, parfois pas du tout. J'ai reçu l'ordre de conduire alors que je tombais de sommeil et étais désorientée. Une fois, j'ai arrêté ma voiture et me suis endormie. J'ai été réveillé par un contrôleur des horodateurs qui tapait à ma fenêtre. Une fois cet « âge d'or » terminé, le personnel a été récompensé par des séances de cinéma.

31. En 1996 environ, j'avais 16 ou 17 ans, une réorganisation a été entreprise et je suis devenue responsable de l'éthique et de la sécurité pour l'encadrement intermédiaire du Bureau de liaison Flag. Un jour, le chef de la sécurité International, Jeff Porter, m'a ordonné de rassembler une équipe pour assurer la sécurité d'un événement. Je ne l'ai pas fait, car cela n'entrait pas dans mes attributions. Il est revenu en criant, m'a poussée contre le mur, a crié encore plus fort en me postillonnant au visage. Je me suis plainte, mais rien n'a été fait.

32. A 18 ans, j'ai été transférée au département Données. Quelqu'un avait dit que je n'étais pas compétente pour mon poste parce que j'avais consommé de la marijuana à 13 ans. J'ai travaillé dans ce département pendant un an. Mon chef, Wayne Furness, m'a harcelée régulièrement. D'entrée, il m'a traitée de lesbienne, mentionnant une autre fille. Cela m'a énervé et j'ai écrit un rapport à sa cheffe. Elle lui a dit d'arrêter, c'est tout. Il a arrêté de me traiter de lesbienne, mais a continué à utiliser des propos insultants tels que « Miss deux tonnes » (alors que je pèse 65 kilos pour 168 cm), « Petite nature », etc. Comme je m'élevais contre ces insultes, il m'accusait d'être une mauvaise scientologue et me menaçait de m'envoyer en éthique. Il a incité ses collaborateurs à se joindre à lui dans ses insultes. J'ai de nouveau dénoncé ces pratiques, sans effet. Tout ceci parce que, dans ce département, quiconque est « upstat » ne risque rien, quoi qu'il arrive. Quelqu'un s'est intéressé une fois à cette situation, mais sans conséquence.

33. Dans ce département, une de mes tâches consistait à réunir les statistiques hebdomadaires au niveau mondial, à les compiler dans un ordinateur et à réaliser des graphiques. Il y avait environ 300 organisations et chacune d'elles devait me remettre entre 50 et 200 chiffres chaque semaine. Tout cela devait être prêt pour le jeudi et, la veille, je restais souvent jusqu'à 3 heures du matin avec deux fois cinq à dix minutes de pause. Chaque semaine, il y avait des organisations en retard. Au fil de la journée, je recevais alors des messages de plus en plus agressifs du Bureau des messagers du commandant (CMO) International. S'ils étaient vraiment énervés, ils me téléphonaient, de 8 heures jusqu'à 21 heures. On m'a dit que « j'allais salement à contre courant », que « j'empêchais ces putains de rapport d'arriver », entre autre. Mon chef et moi recevions des appels hargneux et injurieux. C'est la manière de faire usuelle dans la Sea Org et je l'ai subie pendant toute ma période là-bas.

34. Il y a eu de nombreuses mesures mises en œuvre pendant mon passage à al Sea Org. Par exemple, l'officier responsable a décidé que nous ne pouvions plus quitter le bâtiment sans permission. Je ne pouvais donc plus déjeuner avec mon père sans permission et sans raison valable. Puis, ils ont décidé que nous ne pouvions plus déjeuner ailleurs que dans le bâtiment, ni manger autre chose que ce qui nous était fourni. Plus de pizza au bistro du coin, plus rien. Au bout de 3 ans, on nous informé que la pause du dimanche matin, prévue pour la lessive, ne pouvait pas être consacrée à autre chose, comme rendre visite à nos parents ou à nos enfants, etc.

35. A peu près à la même période, Il a été décidé que nous ne pouvions plus envoyer ou recevoir des coups de téléphone en dehors de la présence d'une personne de la sécurité. Les appels personnels n'étaient plus transmis, mais ils étaient dûment répertoriés. Une liste était envoyée à la direction et au Religious Technology Center pour qu'ils puissent juger qui était « sous influence ».

36. Les appels de mon père m'étaient rarement transmis et ne recevais des notes à ce sujet que 2 ou 3 jours plus tard. Je devais aller lui téléphoner en cachette à partir d'une cabine. A Noël, nous ne pouvions pas aller rendre visite à notre famille, ou quoi que ce soit d'autre, à part la petite excursion prévue, sauf permission spéciale, qui était parfois refusée.

37. Neuf mois avant mon départ, on m'a dit que je ne reverrais plus mon père, à moins que je réussisse à le faire revenir dans la Sea Org.

38. Il fallait aussi signaler tout cadeau fait par la famille, tout contact avec elle, ceux que nous connaissions qui avaient quitté la Sea Org. Nous devions gérer ces « influences externes », voire nous en déconnecter.

39. Le personnel était aussi entraîné à gérer nos contacts avec notre famille. J'ai par exemple appris à mentir à mon père à propos de ma présence à l'école et des heures sup' au travail.

40. Un employé qui a des problèmes se trouve en « condition inférieure », ce qui implique certaines punitions. Une nouvelle mesure, mise en œuvre environ une année après mon arrivée, obligeait les employés en « condition inférieure » à prendre leurs repas dans les cages d'escalier ou dans le local des déchets. Ils devaient aussi faire jusqu'à 40 heures sup' sur leur « temps libre », c'est-à-dire pendant les pauses-repas ou après 22 heures 30. J'ai été soumise à ce régime. En plus, pas de TV : les postes de TV et les lecteurs de DVD étaient confisqués et rendus que s'ils avaient un jour de congé.

41. Pendant mes presque cinq ans dans la Sea Org, je n'ai pas eu un jour de vacances avec mon mari, sauf les deux jours où nous nous sommes mariés et Noël. Je n'ai pour ma part pas eu plus de 10 à 15 jours de congé pendant cette période.

42. Environ un an et demi avant mon départ, une nouvelle mesure est sortie indiquant qu'en cas de grossesse, vous deviez soit avorter – ce qui était vivement recommandé – soit partir. Auparavant, vous deviez soit avorter, soit être envoyée dans une petite org en perte de vitesse où vous deviez vous battre pour votre survie et celle de votre bébé. Je devais gérer toutes mes collègues qui n'acceptaient pas cette mesure. J'étais aussi dans ce cas, car je voulais des enfants, d'autant qu'au moment du recrutement, on m'avait dit que je pourrais en avoir. Pourtant, je n'ai jamais rien dit, de peur des représailles.

J'en suis venue à avoir des pensées suicidaires, tellement j'étais malheureuse, mais je n'ai rien dit, car les représailles auraient été terribles et on m'aurait méprisée.

43. En septembre 1997, mon grand-père est décédé en Angleterre. J'ai convaincu mes chefs que je devais aller à ses funérailles. Au départ, ils ne voulaient pas, mais m'ont finalement accordé 8 jours. A mon retour, j'ai réalisé que je ne supportais plus d'être séparé de ma famille et ai décidé de tomber enceinte, car sinon je ne pourrais pas partir sans subir de six mois à un an de travaux forcés et de confessionnal, et les insultes de mes collègues. Je suis donc tombée enceinte en janvier 1998 et suis partie sans permission le 23 février pour rejoindre un oncle et une tante en Angleterre. Personne n'était au courant de ma grossesse. J'étais vraiment malade et je devais m'en aller. Mes chefs m'ont menacé de me déclarer personne suppressive si je ne revenais pas et de me déconnecter de ma famille. Ma mère, qui était toujours dans la Sea Org, m'appelait sans arrêt pour me dire d'avorter et de revenir.

44. Je suis retournée aux Etats-Unis le 1er avril 1998. Jeff Porter m'a dit que si je quittais à nouveau, je serais immédiatement déclarée. J'ai dit que j'allais habiter chez mon père, que je me présenterais au confessionnal tous les jours, expliquant que j'avais besoin d'une nourriture spécifique qu'ils ne pouvaient fournir. Ils m'ont dit que je devais loger sur place, sinon un ordre de non-enturbulation serait émis, ce qui signifie que si je refusais de rester, je serais déclarée suppressive.

J'ai donc accepté de rester quatre jours, la durée prévue pour le confessionnal. Le chef de la sécurité m'a écrit une lettre pour me dire qu'au-delà de ces quatre jours, je pourrais loger chez mon père si le confessionnal se prolongeait.

45. Quatre jours plus tard, ce n'était toujours pas fini, mais ils m'ont dit que la lettre n'était pas valable. Je devais donc continuer à loger sur place et mangé des plats précuits, alors que j'avais des nausées matinales. Je devais dormir par terre dans une petite pièce, attendant le confessionnal. J'y suis restée un mois.

46. Cela a pris moins de temps que prévu parce qu'ils ne voulaient pas que les autres sachent que j'étais enceinte. Un employé du Religious Technology Center m'a croisé un jour et m'a demandé ce que je faisais. Je lui ai dit que j'étais enceinte et que je partais. Sa réponse fut : « Oh, trop tard pour un avortement ? » Je connais personnellement trois cas de jeunes femmes qui ont été convaincues d'avorter.

Une d'entre elles est ma belle-sœur qui était enceinte de 16 semaines. On la convaincue d'avorter, contre sa volonté. Ma mère nous a dit, à ma sœur et à moi, que c'était une bonne chose de faite.

47. J'ai dû aussi signer un témoignage sous serment affirmant que je pensais que la scientologie et la Sea Org étaient géniales et que je partais parce que j'étais incapable d'affronter mes erreurs. Je devais signer avant de partir, sinon je serais déclarée personne suppressive. J'ai signé tout en sachant que c'était illégal, car signé sous contrainte. C'était une politique standard de la Sea Org : si vous ne signiez pas, vous retourniez au confessionnal et autres brimades jusqu'à ce que vous changiez d'avis.

48. Dans les mois qui suivirent mon départ, j'ai été convoquée plusieurs fois pour répondre à des questions relatives à des enquêtes. J'étais menacée lorsque je ne voulais pas y aller.

49. A mon départ, j'ai reçu une facture de 89'000 dollars pour l'auditing et les cours reçus pendant mon passage à la Sea Org. J'ai reçu environ 10 appels de différents collègues, y compris Bob Diskin and Renee Norton, pour que je paie la facture. J'ai aussi reçu une vingtaines de lettres à ce sujet.

50. Au huitième mois de ma grossesse, mon ex-mari m'a écrit pour me dire qu'il ne voulait plus rien avoir à faire avec notre fille après sa naissance. Il voulait consacrer tout son temps à la Sea Org. Quand ma fille a eu six mois, je lui ai écrit à propos de la pension alimentaire, n'arrivant pas à assumer notre fille seule. Il ne m'a pas répondu pendant six mois et a interdit à ses parents de nous voir. Jusque-là, ils la voyaient un week-end sur deux et depuis, plus de nouvelles. Ils sont aussi des scientologues. J'ai finalement renoncé à essayer d'obtenir une pension alimentaire de mon ex-mari.

Je déclare sous peine de parjure, au sens des lois des Etats-Unis d'Amérique et de l'Etat de Floride, que ce qui précède est vrai et correct.

Réalisé à Clearwater, Floride, le 24 janvier 2001.

Astra Woodcraft

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