The great blessings of mankind are within us and within our reach; but we shut our eyes, and like people in the dark, we fall foul upon the very thing we search for, without finding it.
- Seneca


Our ideas, like orange-plants, spread out in proportion to the size of the box which imprisons the roots.
- Edward Bulwer Lytton

L'histoire de Kendra dans la Scientologie - Page 1

Mon nom est Kendra Wiseman. Si vous aviez l'habitude de lire les forums des sites Clambake, ARS ou ex-Scientologist vers 2005, vous m'avez peut-être connue sous les noms d'Emma (pas celle d'ex-Scientologist), Emma Goldman ou SarahNW. Je me suis tue pendant longtemps quant à mon expérience au sein de la scientologie, et j'en ai marre. Hier, c'était mon dernier jour de silence. A partir d'aujourd'hui, je suis une critique publique de la scientologie.

Récemment, grâce aux actions d'Anonymous, un groupe d'activistes sur Internet, et au témoignage de Jenna Miscavige Hill, j'ai décidé de parler. J'aimerais remercier les membres d'Anonymous qui nous aident à nous faire entendre, à se sentir en sécurité, et pour m'avoir donné l'élan pour raconter mon histoire. Je remercie également Astra Woodcraft et Jenna Miscavige Hill, avec lesquelles j'espère un jour pouvoir boire un café. Vous êtes toutes deux invitées à mon mariage.

Il y a une forte probabilité que le fait de faire mon « coming out » et de m'exprimer ferme la porte à tout nouveau contact avec mes parents. Sans aucun doute, je serai déclarée Personne Suppressive. Je serai peut-être surveillée et harcelée, ridiculisée, mais je n'ai plus peur de cela maintenant. J'espère que mes parents savent que je les aime, que je suis fière d'eux, et qu'un jour j'aurai la possibilité de leur parler et d'apprendre à nouveau à les connaître.

Vous me manquez beaucoup. Mais voici mon histoire…

Mon père est le président de la Commission des citoyens pour les droits de l'homme (CCDH), Etats–Unis. Mon oncle est le président de Narconon International, et ma mère la présidente de l'Earth Organization. A l'exception de cette dernière, qui est un authentique groupe d'activistes indépendants et pleins de bonnes intentions pour l'environnement, ces organisations sont possédées et financées par l'église de scientologie. Vous pouvez vérifier cela sur Google.

A ce jour, 8 février 2008, j'ai 24 ans, et n'ai pas de nouvelles de ma famille proche depuis deux ans et demi. Malgré cela, je vis actuellement en Chine, où j'ai un super boulot, un foyer stable, et un fiancé qui a un derrière qu'on a envie de pincer. Pendant que je suis en train d'écrire ceci, les festivités pour le Nouvel an chinois battent leur plein et le ciel est illuminé par les fusées. Il y a un gâteau à la vanille et du cheddar dans le frigo. La vie est belle.

Malheureusement, ma vie n'a pas toujours été aussi joyeuse. Particulièrement en juillet et août 2005, lorsque ma famille a eu recours à la politique de déconnection de la scientologie pour couper tout contact avec moi, me laissant en Chine sans foyer, sans famille proche, presque sans filet de sécurité.

J'ai grandi dans une famille scientologue prospère, avec des parents aimants qui ne m'ont jamais privée de rien. Mes parents ne sont pas membres de la Sea Org, et j'ai pu profiter d'avantages, de privilèges et d'opportunités refusés aux enfants des membres de la Sea Org. J'étais une enfant normale et heureuse qui est passée du statut de star de la scientologie à celui d'apostat en trois ans. J'ai travaillé au CCDH ; je me suis enfuie de la maison ; j'ai subi des contrôles de sécurité ad nauseam ; j'ai été harcelée en ligne sur Internet ; j'ai subi des chantages affectifs ; et, le plus grave, on m'a poussé à avoir honte de moi.

Je vais passer de larges parties de mon histoire pour rester brève, alors restez avec moi si vous l'osez, ou aller voir un chapelain sinon.

Jusqu'à mes 14 ans, j'ai pensé que la scientologie, c'était de l'or en barre. Je ne suis pas sûre que le terme « pensé » soit approprié, disons que je faisais cette hypothèse. Je savais cela parce que tout le monde le disait. J'aimerais pouvoir dire que je me suis rendu compte que la scientologie était une arnaque dès que j'ai été capable de réfléchir par moi-même, mais tel n'est pas le cas. La dissension commence à une échelle beaucoup plus réduite, ces petits doutes dérangeants dont on se débarrasse aisément. J'ai participé 8 fois aux grands rassemblements annuels de la scientologie au Shrine Auditorium. Pendant que les 3000 participants semblaient pétris de ferveur, j'en avais simplement marre de devoir me lever toutes les trois minutes pour applaudir. Je me demandais vaguement si ma mère avait ces superpouvoirs mentaux OT qu'ils étaient tous censé détenir, car je ne l'avais jamais vue les utiliser. Je pensais au fait que je n'étais jamais sortie de mon corps, même si parfois je m'étais sentie légère, et me demandais si c'était la même chose. Je pensais à ces huiles de la scientologie qui traitaient très mal les autres, et me demandais si des gens si puissants avaient vraiment besoin d'hurler pour avoir gain de cause, mais seulement en passant.

Ces quelques faits étaient tout ce que je savais et je progressais rapidement au sein de la scientologie. A l'époque, j'ai été la personne la plus jeune acceptée à bord du Freewinds, le bateau de croisière de la scientologie, et j'y ai eu mes 7 ans à bord. J'ai été parmi les plus jeunes à suivre les cours KTL/LOC, que j'ai fini à 9 ans. Les comptables à AOLA souriaient quand je m'y rendais, ayant donné mes 3 dollars à l'AIS. La comptable trouvait cela tellement mignon qu'elle m'a emmenée dans les bureaux et imprimé un reçu.

J'ai d'abord pensé quitter la scientologie à 15 ans. Certains appellent cela la puberté, mais je préfère penser à une juste indignation. Je dois à la vérité de dire que j'avais de la peine à finir le cours Pro Metering au Celebrity Center International, et que cela détruisait mon esprit. Ce qui aurait dû être fini en deux mois pendant les vacances d'été s'est transformé en un Beyrouth émotionnel de 8 mois. Le cours lui-même s'était bien passé, mais je n'arrivais pas à franchir la dernière marche. J'avais toujours été une élève brillante de la scientologie, mais maintenant je pleurais dans les toilettes, avec divers crétins de la Sea Org tapant à la porte, essayant de me faire sortir de gré ou de force.

Je ne vais pas trop entrer dans les détails, mais il n'y a rien de pire pour l'âme que de livrer complètement et de s'entendre dire que cela ne suffit pas. Heureusement, la scientologie fournit une petite liste de raisons pour lesquelles quelqu'un peut échouer.

Ils ont commis des overts (péchés) et cela nuit à leurs progrès. Ils y a des mots dans les documents qu'ils ne comprennent pas. Ils n'ont pas assez travaillé.

Même si ces trois explications ont l'air bénignes et même logiques en apparence, leur effet sur l'être humain est dévastateur. Disons que vous essayez de lancer un frisbee en plomb. Vous avez beau le lancer de toutes vos forces, il tombe à vos pieds. Votre coach vous pousse à vous entraîner plus, et vous le faites, mais le frisbee ne vole toujours pas. Votre coach vous dit ensuite que vous ne comprenez rien au vol du frisbee, sinon vous n'auriez pas ce problème. Vous approfondissez l'étude du frisbee, sans résultat. Votre coach commence à penser que vous avez abimé le frisbee intentionnellement. Vous êtes un criminel du frisbee, qui doit être puni, pour votre propre bien et celui du frisbee. Tout du long, on vous a dit que le frisbee était sans défaut. Hourra pour le frisbee.

Mettons de côté cette analogie douteuse. C'est l'un des principes fondamentaux de la scientologie que « La Tech », comme ils appellent les enseignements d'Hubbard, fonctionne si elle est employée correctement. C'est l'hypothèse première sur laquelle est construite la scientologie. La tech est sans défaut, c'est nous qui avons des défauts. Hourra pour la Tech. Sur de telles fondements, quelqu'un peut faire porter le poids de la responsabilité sur tout et tous, sauf là où il faudrait. Tout désaccord ou doute sur l'applicabilité de la scientologie devient une faute de l'étudiant.

Après 8 mois de pratique, de punitions répétées, et de révisions incessantes, j'étais au bord de l'explosion. De l'avis des superviseurs, j'étais soit une idiote, soit une criminelle, soit un échec total. Le responsable des superviseurs ne me parlait presque plus. J'ai passé des semaines dans le confessionnal avec l'officier d'éthique, je me sentais traquée du fait de la politique de rapport au sujet de vos amis, et si je revoyais un e-meter de ma vie, ce serait toujours trop tôt.

La journée, j'allais en classe à la Delphi Academy Los Angeles, un lycée scientologue, et, du fait de mon mécontentement, j'ai commencé à lire des livres sur d'autres religions. La scientologie m'avait déjà convaincue que le christianisme était un implant dans ma tête mis en place par des psychiatres intergalactiques – et chacun sait que tout ce qui a été fait par des psychiatres intergalactiques ne doit pas être touché, même avec des pincettes – alors je me suis tournée vers le bouddhisme, le taoïsme, la cabbale et finalement la sorcellerie. Une vrai religion pour les fans du Seigneur des anneaux ! J'étais scotchée.

Les responsables du bahut ont été scotchés aussi par mes lectures. J'ai été envoyée en éthique. En fait, ils ont lus mes livres pendant des mois. Un parent d'élève, ayant entendu parler de la sorcellerie, a décidé qu'aucun élève ne devait m'adresser la parole ou sympathiser jusqu'à ce que je reprenne mes esprits. Pour information, la pub de la Delphi Academy affirme que l'enseignement est non confessionnel. (Pour être honnête, mon prof, Mike B., et l'officier d'éthique au lycée ont tous deux été très cool.)

De même, lorsque le personnel du Celebrity Center a découvert que je passais mon temps dans ma chambre à contempler une bougie, ils l'ont immédiatement saisie, au titre que c'était certainement cela qui m'empêchait de finir mon cours. Je m'engageais dans « d'autres pratiques » pendant les cours. En y repensant, il paraît ridicule que mon goût pour l'encens et la mauvaise poésie (ce n'est pas une insulte aux vrais sorciers – je n'étais pas douée) ait pu me faire échouer, mais à l'époque ils m'ont presque convaincue que j'avais fait une belle connerie en essayant quelque chose d'autre.

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