The great blessings of mankind are within us and within our reach; but we shut our eyes, and like people in the dark, we fall foul upon the very thing we search for, without finding it.
- Seneca
Our ideas, like orange-plants, spread out in proportion to the size of the box which imprisons the roots.
- Edward Bulwer Lytton
Quiconque a travaillé dans une org a une bonne idée de la vie au CCDH. Quelques points saillants :
- Les mineurs travaillant au CCDH, moi incluse, devions faire des heures sup', parfois jusqu'à 20 heures par jour, sans compensation. Personne ne se plaignait, car l'attitude générale à propos de quelqu'un s'inquiétant de détails comme le salaire était « en chute libre », « à contre courant », « pas dans le coup ». On mettait la honte à celui qui se plaignait de l'environnement de travail, parce que les maudits psys travaillaient en permanence et ils étaient des milliers ! Nous étions si peu nombreux que nous devions en faire trois fois plus pour les battre. Quoi que cela signifie.
- Une fois, lors d'une collecte du CCDH, mon amie (une mineure aussi) et moi avons quitté nos tâches usuelles pour participer à cette campagne. Nous avions nos quotas et nous ne pourrions rentrer chez nous qu'après les avoir atteints. Certains essayèrent de partir, mais on leur a dit de rester. Nous sommes restés jusqu'à une heure du mat', car, s'il était trop tard pour appeler des gens à Los Angeles, nous pouvions toujours le faire à Hawaii. A ce moment, nous étions à 300 dollars du quota et mon amie a demandé à son père de faire ce don, afin que nous puissions rentrer nous coucher. Sur le moment, j'avais vraiment accompli quelque chose de bien.
- A mes débuts, j'ai dit au directeur exécutif que je n'étais pas une scientologue et que donc je ne suivrai aucun cours. Il m'a dit entre quatre yeux que c'était OK, mais que je devais quand même suivre les cours relatifs à mon emploi. J'ai accepté à reculons. Au CCDH, nous suivions les cours durant les heures de travail, à côté des huit heures réglementaires. Sans compensation, puisque le CCDH payait les cours. C'était comme ça, que nous le voulions ou pas. J'ai ensuite été informé que j'allais devoir suivre le cours PTS/SP, et c'est alors que j'ai compris que l'on m'avait menti, et qu'il y aurait toujours un nouveau cours, sous le couvert de la formation en cours d'emploi. De ce que je comprends à présent, il est illégal de contraindre des employés à suivre des cours à contenu religieux, quelque soit le nom que l'on leur donne.
- Le personnel du département de recherche faisait souvent de la recherche pour le Bureau des affaires spéciales (OSA). Nous infiltrions les séminaires des Psys et déversions autant de saloperies que possible sur le psychiatre considéré comme l'ennemi du jour, les liant (même de manière douteuse) à des conspirations mondiales fumeuses. Je ne vais pas entrer dans les détails, mais sincèrement j'espère qu'aucune « recherche » que j'ai menée n'a eu comme conséquence de détruire la carrière de quelqu'un. Comme les scientologues croient que chaque « psy » est un criminel, nous pensions que celui sur lequel nous enquêtions avait certainement un passé criminel. Si nous ne trouvions rien, c'était simplement qu'il n'avait pas été attrapé, et que donc il n'avait pas encore de casier judiciaire. Présomption de culpabilité.
- Les membres du CCDH se moquaient des groupes anti-psys et les traitaient de fous. Comme je travaillais dans le département recherche, je passais mes journées à collecter des données en ligne. Un jour, je suis tombé sur un groupe de personnes se considérant comme des survivants de la psychiatrie. Leur discours était presque identique au nôtre et ils avaient expérimenté les abus de la psychiatrie. J'étais toute excitée et j'ai couru informer mon supérieur. A ma surprise, elle les connaissait mais les considérait comme des « gens avec lesquels nous ne voulons pas avoir à faire ». Je pensais que cela était contreproductif, mais il y avait un consensus au sein du CCDH pour dire que ces gens avaient été trop atteints par la psychiatrie et qu'ils n'étaient plus sains d'esprit. Je me rappelle avoir pensé qu'il y avait un lézard. C'était les gens que nous essayons d'aider, non ? Et ils étaient déjà d'accord avec notre message, non ? Alors, pourquoi n'étions-nous pas alliés ? Lorsque j'ai commencé à parcourir la chaîne des sites liés à celui-ci, je suis tombée sur l'avertissement suivant : « Nous ne sommes pas lié au CCDH ni à l'église de scientologie ». Je me rappelle m'être demandée ce que nous avions fait de faux pour pousser ces gens à se dissocier de nous. Cependant, on m'a demandé d'interrompre cette recherche et je l'ai fait.
- La maladie était en général considérée par le personnel et les cadres comme étant de la faute du malade. Le jour où j'ai eu une angine et une sinusite en même temps, j'ai pensé que je pouvais rentrer à la maison et me reposer, surtout que je n'avais jamais manqué un jour jusque-là. Mon supérieur immédiat compatissait et je suis allée voir un médecin qui m'a dit de garder le lit une semaine. Le lendemain matin, cependant, j'ai reçu un appel à la maison pour que je me rende immédiatement au bureau. Mon supérieur m'a appelé aussi et m'a accusé d'être « hors éthique » et « flemmarde ». Apeurée, je me suis levée, habillée et ai demandé à mon père de me conduire au bureau. Il a violemment refusé, m'a ordonné de retourner au lit, disant que je n'étais pas en état de travailler et que je devais me reposer. Je lui ai dit que j'avais reçu mes ordres et il m'a répondu qu'il appellerait de ma part. Bien sûr, lorsqu'il a appelé, on lui a répondu « Oui, M. Wiseman, naturellement M. Wiseman ». Mais à peine étais-je retourné dans ma chambre que mon téléphone a sonné. C'était le responsable du bureau : Si tu veux qu'on te traite en adulte, ne demande plus jamais à ton père de m'appeler ! » J'ai encore reçu plusieurs coups de fil de collègues irrités ce jour-là – une me menaçant même de me dénoncer car mon bureau était mal rangé. Je n'en ai pas parlé à mes parents de peur des représailles. Plutôt que de risquer de nouveaux problèmes, je suis allée travailler le lendemain. J'avais 16 ans à l'époque. Deux de mes amies ont eu des histoires similaires, mais ce n'est pas à moi de les dire.
J'ai été accusée deux fois de trahison pour avoir perdu mes clés. La première fois, je les avais laissées aux toilettes pendant une heure. La seconde fois, elles sont tombées dans la cage de l'ascenseur au moment où je quittais celui-ci. Même si j'ai réussi à les pêcher avec un aimant, des mesures disciplinaires ont été prises, parce que j'avais laissé mes clés sans surveillance le temps d'aller chercher le matériel. Coincées dans la cage d'ascenseur. Au sous-sol. Rien que d'y penser, ça me fout en rogne.
- La première et la dernière fois que j'ai embrassé une femme (avec un résultat sexy), c'était à une soirée privée chez une amie durant mon jour de repos. Ce n'était pas très malin : je l'ai fait devant une membre de la Sea Org, qui est immédiatement rentrée à la maison pour écrire un rapport complet sur ce qu'elle avait vu et l'a directement adressé à mon supérieur, mes parents et l'org. J'ai été punie au bureau et mise en garde à la maison. Laissez-moi vous dire qu'il n'y a rien de plus humiliant que d'entendre votre chef et votre père décrire par le menu votre seule et unique expérience lesbienne. Doux Jésus.
- Autant je m'habillais correctement pour travailler, autant j'ai l'habitude de porter n'importe quoi le week-end et pendant les congés. J'ai la ferme conviction que ce que je porte hors du bureau est mon affaire et celle de personne d'autre. Pourtant, quelqu'un m'a vu un dimanche et a écrit un rapport au directeur exécutif par rapport à mon apparence négligée. Celui-ci m'a sanctionné et dit qu'il fallait que je commence à m'habiller comme une gagnante le week-end.
- Une fois, j'ai reçu l'ordre du directeur exécutif, malgré ma protestation, d'assister à une séance de recrutement de l'OSA pendant ma pause déjeuner. Je l'ai informée que je n'irais pas et qu'il n'y avait pas de raison pour cela. Mais c'étais mercredi (presque jeudi à 14 heures) et Osa avait besoin de résultats. Enervée, j'ai traversé la route pour me rendre à l'Hubbard Guarantee Building et on m'a fait entrer dans une salle de conférence luxueuse. Comme dans toute les séances de ce type, mes buts dans la vie ont été critiqués, mes contributions à « l'annihilation de la psychiatrie » minimisées. « Ne veux-tu pas nous aider à nettoyer la planète ? » « Non. Je veux que toutes les religions, et pas seulement la scientologie, aient le droit d'aider les gens sans interférence de la psychiatrie. » Vous auriez dû voir leur tête.
Ces plaintes, et d'autres que je n'ai pas mentionnées, peuvent paraître vénielles à un observateur non averti. En fait, cela tournait à une invasion complète de ma vie privée et de ma dignité. Privée de sommeil, recevant des ordres contradictoires, faire ce qu'il fallait « pour que ça marche », alors que cela était hors d'atteinte, donner simplement son maximum… tout cela peut détruire votre âme. Il y a des choses que je ne préfère pas révéler, puisqu'elles ont trait au travail spécifique que j'ai fait au CCDH, mais au niveau personnel et psychologique, tels ont été les facteurs clés de ma défection.
(He, qu'elles l'apprécient ou pas, j'aimerais juste dire à Marla et Carrie, au cas où elles liraient ceci, que je les aime toujours.)
En tout cas, c'est la séance de recrutement d'OSA et deux autres coups fatals qui ont fait déborder le vase.
Premier coup fatal En grandissant dans la scientologie, certains concepts traversent tellement le groupe qu'ils sont tenus pour garantis. Un d'entre eux est que les enfants dans les écoles publiques sont gavés de médicaments psychiatriques. L'autre, c'est que vous êtes privilégié, parce que vous savez des choses « que d'autres enfants ne savent pas ». Trois, que les matériels OT contiennent les secrets de l'univers.
Que ces choses soient insinuées ou dites directement par vos pairs et mentors, ils sont présent à l'esprit des jeunes scientologues. A un moment donné, je me suis liée d'amitié avec quelques élèves de l'école publique et aucun n'était sous médicament. La plupart semblait en savoir plus que moi et être capable de socialiser plus facilement que moi. J'étais assez convaincue que c'était de ma faute. Savoir que les matériels OT allaient me donner le pouvoir de léviter et d'allumer ma cigarette par la pensée rendait les choses encore plus difficiles.
J'avais lu l'histoire de Xenu sur Clambake et naturellement je n'y croyais pas. Comment cela aurait-il pu être possible ? J'avais été une scientologue toute ma vie. Mes parents étaient OT7 et OT8. Je connaissais plein d'OT. Et je n'avais jamais au grand jamais entendu les mots « Xenu » et « thétans corporels ». En plus, n'étant pas morte d'une pneumonie après la lecture de ces documents, il ne pouvait s'agir que de faux. Clairement, ces gars sur Clambake étaient des tarés, comme on me l'avait dit.
Mais alors, où trouver les vraies informations ? Je n'avais aucune idée. D'un côté, si ces matériels contenaient les secrets de l'univers, j'étais prête à tout, à admettre que j'avais eu tort, et retourner au cours. S'il y avait la moindre chance, en revenant dans les bonnes grâces de l'église, de faire apparaître des poneys dans le ciel, et bien, je le ferais.
De l'autre, allais-je dépenser des centaines de milliers de dollars, et les 10 prochaines années de ma vie, pour atteindre OT III pour simplement découvrir que c'était du pipeau ? Que faire, si c'était simplement un carotte au bout d'une ficelle ? J'aurais alors gaspillé ma jeunesse et ma joie pour rien.
C'est pourquoi j'ai attendu et ouvert mes yeux. Un jour, je ne vous dirai ni où, ni comment, ni qui, j'ai eu la possibilité de jeter un œil sur les matériels secrets OT de quelqu'un. Cette personne les avait laissés sans surveillance et j'ai foncé. Je n'ai pas trouvé grand-chose, mais il y avait des références à ce que j'avais lu sur Internet.
Je dois vous dire que la confirmation de l'histoire de Xenu était bien la dernière chose dont j'espérais la confirmation. Mais c'était bien là. J'étais sous le choc. J'ai tout remis en place et me suis tue.
Second coup fatal C'était Noël 1999 et mon père était dans un sale état. J'avais passé le réveillon et le jour de Noël en famille, et mes amis me manquaient. Mes parents sont sortis souper et je leur ai dit que je les rejoindrais. Mais je suis allée à la maison de ma meilleure amie. Lorsque mon père s'est rendu compte que je ne viendrai pas, il était logiquement énervé et m'a téléphoné. Je lui ai assuré que j'allais bien et que je serai à la maison « demain ». Lui, pense avoir entendu, et il y croit encore, « à minuit ». En tout cas, c'est de là que découle l'incompréhension. Donc, j'étais chez mon amie vers une heure du matin et nous avions extorqué 4 bouteilles de bière au magasin du coin, et nous passions du bon temps en écoutant Velvet Underground, lorsque j'ai entendu la voix de mon père.
Je passe les petits détails gênants, mais ça c'est terminé comme ça : mon père m'a dit que mon comportement serait rapporté au CCHD et à l'org le lendemain. Je venais de sortir d'une longue procédure pour trahison pour l'épisode des clés-dans-la-cage-d'escalier, et avant ça pour avoir embrassé une fille, et avant ça pour avoir laissé mes clés aux toilettes, et avant ça pour avoir refusé de suivre les cours. (Si quelqu'un à OSA veut connaître mes crimes, les voilà. J'aimerais une mention sur un site scientologue, rubrique « lesbienne qui perd ses clés » SVP.) L'idée de passer encore deux mois dans les mauvaises grâces de tout le monde m'a fait frissonner. J'ai pensé reprendre le droit chemin, mais l'idée du contrôle de sécurité m'a fait y renoncer.
La goutte venait de faire déborder le vase.