The great blessings of mankind are within us and within our reach; but we shut our eyes, and like people in the dark, we fall foul upon the very thing we search for, without finding it.
- Seneca


Our ideas, like orange-plants, spread out in proportion to the size of the box which imprisons the roots.
- Edward Bulwer Lytton

L'histoire de Kendra dans la Scientologie - Page 4

Je me suis donc enfuie de la maison le lendemain. J'ai juste emporté quelques affaires et j'ai fui. Je me suis rendue au bureau, ai laissé une petite note assassine dans le casier de chacun, ai prétendu aller boire un café et je suis partie.

Il a fallu trois jours au détective privé et à la police pour me retrouver, mais pour la première fois de ma vie, mes parents m'ont sérieusement et honnêtement demandé ce que je voulais.

« Je veux aller au lycée. Je veux être un être humain normal. Je ne veux plus de sanctions. Je ne veux plus de contrôle de sécurité. Je ne veux plus pénétrer dans une org. Je veux pouvoir choisir librement mes habits, mes amis et ma religion. »

Ils acceptèrent, à la condition que je ne m'enfuie plus.

A part le jour où je suis tombée amoureuse de mon fiancé, le jour où j'ai quitté la scientologie est le plus beau de ma vie. Je ne saurais vous dire ce que j'ai ressenti en allant boire un café au coin de la rue, des poids tombaient l'un après l'autre de mes épaules, pendant que je faisais dans ma tête la liste des choses que je n'aurais plus à faire. Plus de cours. Plus de recrutement dans la Sea Org. Plus d'accusations parce que je n'étais pas d'accord. Plus de sanctions. Plus d'audition. Plus de e-meter. Plus d'heures sup'. Plus de rhétorique. Plus de réunions. Plus de rapports. Juste un monde où l'éthique d'une personne ne regarde qu'elle-même et personne d'autre. Je me sentais légère.

Sautons cinq ans. Pendant cette période, je suis allé à l'école, j'ai travaillé et cherché une idéologie qui pourrait remplir le trou « sauveuse de l'univers » dans mon cœur. J'ai essayé avec la cabale, le communisme, la méditation bouddhiste, l'égalitarisme, les groupes de rock, le sport, la diète et l'anarchie. J'ai travaillé pour De la nourriture, pas de bombes, j'ai manifesté. Je travaillais la journée. Tout m'a aidé un temps, mais rien n'a duré.

Finalement, à la suggestion de mon père, au soutien de ma mère et mon désire d'accomplir quelque chose d'intéressant dans ma vie, je suis partie en Chine. En Asie, j'ai sauté d'une ville à l'autre et me suis finalement installée à Beijing pour étudier le mandarin.

Si vous avez suivi mon récit sur OCMB, vous vous rappelez sans doute que c'est alors que la déconnection s'est produite. Pour les autres, je copie ici ces messages.

« Après une enfance tranquille, mais une adolescence agité, et mon départ de la scientologie (j'ai fait exploser une org), j'étudie à l'étranger et ma mère est venue me rendre visite il y a quelques jours. Comme j'étais occupée et que je ne voulais pas la laisser seule, j'ai demandé à une amie de lui faire découvrir la ville. Mon amie a accepté. Le lendemain, j'ai découvert que ma mère avait commencé à lui expliquer quelques concepts de la scientologie, dans un pays où la religion est interdite et persécutée, donc dans un contexte complètement inapproprié. J'étais furieuse. Cela m'énervait que ma mère, qui avait été une battante, ne pouvait pas passer deux minutes avec quelqu'un sans chercher de la recruter et le mot « lavage de cerveau » m'est venu à l'esprit. Oups.

« Cela a conduit à une discussion sur mon sentiment quant à la scientologie, et nous nous sommes disputées pendant des jours. Quand elle m'accusait de tenir tous mes arguments d'Internet et non pas de sources valables, je lui ai parlé des documents secrets que j'avais consulté et des foutaises sur les thétans corporels qu'ils contenaient.

« Elle a été très choquée, mais je suis contente de l'avoir fait. Après cela, j'étais sûre que les niveaux supérieurs ne valaient rien, que je menais une existence productive et heureuse hors de l'église. Elle, puis la scientologie, ont eu peur parce que j'ai refusé de dire qui détenait les documents secrets.

« Bien sûr, malgré le fait que l'histoire était ancienne, et que cela n'avait pas eu de conséquence autre que mon éducation, malgré le fait qu'ils m'aimaient, malgré les belles années passées en famille à gérer nos différences, j'vais craché le morceau et ils le savaient. Ils allaient écrire un rapport à la scientologie, ce qui pouvait conduire à une déclaration de « source potentielle de problème » ou de « personne suppressive ». Cela, ils le savaient. Mais ils allaient le faire. Parce qu'être scientologue et ne pas écrire de rapport à la Orwell, ce n'est pas possible.

« Donc j'attends ici, à l'étranger, de savoir s'ils vont faire une déclaration ou pas. Je pense qu'ils vont le faire, à moins que je fasse amende honorable, ce que je ne ferai jamais, quoi qu'il arrive. Je ne me sens pas concernée par leur soi-disant justice, mais j'ai dit être prête à m'entretenir avec quelqu'un au téléphone, à partir de mon pays de résidence. J'étais prête à répéter tout ce que je leur avais dit. Mais je n'allais pas mettre en danger quelqu'un qui ne le méritait pas. Je n'allais plus perdre de temps, comme pendant mon adolescence, à me faire crier dessus par tout un chacun et à les laisser me faire avoir honte de moi, simplement parce que je n'étais pas d'accord avec eux.

« Mon père a demandé à l'église s'ils pouvaient m'appeler au téléphone, pour que je leur parle. Sinon, il faudrait que je retourne à mon point de départ pour aller discuter avec eux. Ils refusèrent de le faire au téléphone – le moyen qui me permettait de poursuivre mes cours – parce que « le gouvernement pourrait écouter notre conversation »… Mais oui.

« J'aime mon père, j'aime aussi mes tantes, mes oncles, mes cousins, mon frère et toute la famille, mes petits neveux et nièces, qui sont tous scientologues. Toute ma famille proche. Tous ceux à qui je ne pourrai plus parler parce que je refuse de me soumettre à leur terrorisme psychologique. Je n'arrivais pas à croire que la scientologie avait encore une fois réussi à s'immiscer dans ma vie, alors que j'avais tout fait pour l'en y extraire.

« Je suis soufflé pour l'instant. Mes parents m'ont dit qu'ils respecteraient la déclaration si elle devait être prononcée. Ils m'ont aussi dit qu'ils savaient que je n'étais pas une personne suppressive et qu'ils m'aimaient. Merde – excusez-mon langage – j'aurais dû m'en douter. Il est amusant de constater que le lavage de cerveau leur permet d'émettre deux messages aussi contradictoire.

Tout d'un coup, j'ai disparu des radars. Plusieurs personnes voulaient savoir ce qui m'était arrivé, si OSA m'avait attrapée, et si je parlais toujours à ma famille. Je n'ai pas répondu à ces messages.

Voilà ce qui est arrivé. Mes parents se sont rendus à FLAG pour se faire aider. Cinq jours après ce message, mon père m'a dit l'avoir vu, ainsi que les autres sur ARS. Il m'a demandé de ne plus poster de message et de cesser tout contact avec des personne suppressives, parce que cela n'aidait pas. Je lui ai rétorqué qu'il était entouré de personnes pensant comme lui et que j'avais le droit de faire de même. Je n'allais pas laisser la scientologie m'isoler, alors qu'ils violaient mon cerveau. J'avais besoin d'aide et j'y avais droit.

Il y avait aussi la question de savoir comment il avait eu connaissance de ces messages. Mon père ne sait pas ce qu'est un newsgroup, ni comment y aller, et n'est pas du genre à fréquenter ce type de site. En fait, quelqu'un de l'OSA s'en est rendu compte, a imprimé mes messages (du moins les négatifs), et les a remis à mes parents.

Après de longues négociations, mes parents sont venus en Chine. Nous avons discuté pendant trois jours. Nous nous sommes dit beaucoup de choses, dont certaines que je regrette et d'autres que mes parents regrettent certainement. Je crois qu'ils avaient peur de me perdre et qu'ils ne comprenaient pas pourquoi je continuais à parler à des critiques en ligne.

[MAJ : On m'a demandé de fournir des détails sur le processus de déconnection. Les voilà] Nous n'avons pas beaucoup progressé. J'étais prête à faire amende honorable pour les avoir énervés, du moment que cela se passait hors de l'église. Je n'étais pas prête à retourner à Los Angeles et à parler aux scientologues. La conclusion a été la suivante : avant que nous puissions discuter de la manière de réparer notre relation, j'ai dû accepter de ne plus jamais discuter avec des anti-scientologues ou des critiques actifs et de ne plus poster des opinions négatives sur la scientologie sur Internet.

Lors de cette phase finale, au moment de cette décision finale, ils m'ont demandé d'aller fumer une cigarette dans le jardin et de me demander si je préférais garder contact avec ma famille ou avec ces personnes suppressives. Je ne voulais pas faire ce choix. J'étais choquée. Je me suis assise au bord de l'étang, cigarette à la main, me demandant : « Vais-je laisser la scientologie me dicter ce qui est bien et mal ? » La réponse était non.

Mes parents m'ont dit que, dans ce cas, ils ne voulaient plus me parler, sauf pour traiter les aspects financiers (ce qu'ils ont fait très consciencieusement).

J'ai essayé de ne pas pleurer en sortant de l'hôtel, ni dans le taxi, ni en arrivant chez moi. Dans l'appartement, je me suis jetée au sol et ai attendu que les larmes se mettent à couler. Elles ne coulèrent pas, mais je sentais qu'elles se formaient dans le creux de mon estomac. Je me suis endormie là.

Deux jours plus tard, j'ai décidé que la meilleure manière de gérer la déconnection était simplement de l'ignorer. J'allais continuer à écrire. J'ai envoyé un email à mes parents leur disant que, quoi qu'il en soit, ils aimeraient savoir que j'allais bien. A ma grande surprise, ils m'ont répondu.

Dans les mois qui suivirent, j'ai essayé de rester calme à la réception de mails me demandant où envoyer mes affaires, et de signer les documents pour retirer le nom de mon père des extraits de compte. Trois mois de planification financière intense pour préparer notre famille à la déconnection. Je ne me suis pas plainte. Tout était dit.

Durant cette période, un autre débat a eu lieu. Nous avons renoué le dialogue sur ce point, essayant de trouver une solution. J'étais sous une pression énorme, pensant que si je disais un mot de travers, la déconnection serait totale. J'ai essayé de leur faire comprendre mon point de vue le plus délicatement possible. Eux aussi. Ils souhaitaient que je recommence la scientologie depuis le début, que je refasse tous les cours. Comme condition à notre reconnection, ils m'ont demandé de publier une déclaration publique dans laquelle j'expliquerais que ma participation aux forums en ligne avait été frivole et sans fondement. Je leur ai dit que, quels que soient mes sentiments et les leurs à propos de la scientologie, cela n'affectait en rien notre relation parent – enfant. Ils n'étaient pas d'accord. Tout du long, il y a eu cette menace : « Nous ne te parlerons plus si tu n'acceptes pas ces conditions ».

Tout d'un coup, je suis devenue furieuse de devoir débattre pour l'amour de mes parents. De devoir quémander leur respect et négocier leur place dans ma vie. La mentalité nous-contre-tous-les-autres de la scientologie et le côté c'est-noir-ou blanc de sa politique de déconnection conduisait à cette attitude : « Rejoins-nous ou dégage ». Je pense que c'est ce qui m'est arrivé. En fait, ils avaient déjà accepté l'idée de la déconnection. Ils m'avaient dit que si celle-ci survenait, ils l'appliqueraient, même s'ils étaient convaincus que je n'étais pas une personne suppressive. La confiance parent - enfant était rompue. Nous l'avons rompue. J'avais employé un terme emprunté aux niveaux supérieurs et ils m'ont répondu que ce n'était pas acceptable.

Enervée, je leur ai envoyé une lettre dans laquelle que si tel était le cas, s'ils refusaient de discuter de ces niveaux, s'ils ne pouvaient pas simplement essayer de gérer au mieux nos désaccords, c'en était fini. Nous nous étions tout dit et nous commencions à ressasser. Je leur ai dit quoi faire de mes affaires. Ils ont dit OK. Adieu.

Pendant deux ans, j'ai continué à leur écrire, leur disant qu'ils n'avaient pas besoin de me répondre, que mes opinions n'avaient pas changé, mais que je les aimais toujours. Je leur ai annoncé avoir rencontré l'élu de mon cœur, puis mon prochain mariage. Pas un mot.

La dernière fois que j'ai vu mes parents, ils étaient assis dans leur chambre d'hôtel et j'étais en train de partir. J'ai depuis découvert que mes parents croient que c'est moi qui me suis déconnectée d'eux. Je crois qu'ils pensent que j'ai préféré un « nid de SP » à ma propre famille et qu'ils ont dit à des tiers que c'était mon choix. Je pense qu'ils pensent cela, du fait de ma lettre. [Fin de MAJ]

J'aimerais tellement leur expliquer ce qui suit. Choisir entre la liberté d'expression et ma famille, je ne devrais pas avoir à le faire. L'amour que je porte à mes parents n'a rien à voir avec mon combat durant l'adolescence pour empêcher la scientologie de contrôler ma vie. Je ne peux ni ne veux renoncer à ma liberté d'expression simplement parce que la scientologie pense que c'est un crime capital. Je suis une adulte (Mon dieu, suis-je déjà majeure ?) et personne, même pas mes parents, ne peut exiger de moi que je renonce à parler d'une situation que j'estime abusive et viciée. Mais « non » n'était pas une réponse acceptable.

Le fond de l'affaire est que la scientologie a commis des délits graves. Il n'y a aucune raison de mettre sous pression des gens afin qu'ils se taisent. Si la scientologie n'avait rien à cacher, ou si elle avait la moindre compassion pour les individus, cette règle n'existerait pas et elle ne verrait aucun problème à ce que les critiques en parlent. Tout ce que L. Ron Hubbard a écrit sur les criminels et autres personnes suppressives s'applique en fait à la scientologie elle-même. Il faut être sourd et aveugle pour ne pas s'en rendre compte.

Aujourd'hui, je ne suis pas déclarée suppressive, mais la présente déclaration pourrait bien y conduire. Mes parents se sont coupés de moi avant la déclaration, donc même si je voulais revenir en arrière, je pourrais leur écrire directement, et non pas passer par le système interne de justice.

Par contre, je suis sur une liste noire non officielle et la scientologie continue à faire pression sur des gens avec lesquels je communique à peine, pour qu'ils coupent tout lien, sous peine de déconnection de leur propre famille. Ces menaces persistent à ce jour.

Après la déconnection, j'étais trop fatiguée et terrifiée pour retourner sur les forums en ligne. Je me sentais défaite et je devais finir mon école. Je n'avais plus de foyer aux Etats-Unis. Je ne savais pas où aller lorsque je serai prête à quitter la Chine. J'espérais, contre toute raison, que si j'arrêtais de poster des messages et me tenais à carreau, ma famille finirait par voir la stupidité de tout cela, et m'écrirait pour mon anniversaire ou à Noël… Je vais me marier dans les prochains mois. J'espère qu'ils pourront y participer.

Je n'ai plus eu de nouvelles d'eux depuis si longtemps que leur écrire, c'est comme tenir un journal intime ou me parler à moi-même. Je ne sais pas s'ils ont bloqué mon adresse email, mais j'espère qu'ils reçoivent mes messages et qu'ils savent que je vais mieux que jamais auparavant.

J'aimerais que les lecteurs de ce texte comprennent ce qui suit. Mes parents et ma famille ne sont pas des monstres. Je suis sûre que ceux qui ont vécu une déconnection comprendront cela. Mais pour le grand public, j'insiste : ma famille n'est pas composée de monstres. Je ne leur en veux pas. Je ne souhaite pas les voir puni ou exclu de la scientologie. Je veux simplement pouvoir leur parler à nouveau.

Cela peut être difficile à comprendre pour ceux qui ne sont pas passé par là. Mes parents et ma famille pensent honnêtement faire ce qu'il faut. Ils pensent être du côté du Bien dans cette grande Lutte Universelle, et que je les empêche de sauver l'humanité. Ils pensent devoir choisir entre sauver l'humanité et soutenir leur petite fille. Ils pensent que leur fille à rejoint la face obscure. Je peux seulement imaginer combien cela doit être douloureux pour eux.

Voilà ce que je leur dirais si j'en avais la possibilité. Une église doit s'opposer fermement à toute déconnection. Tout groupe qui considère cela comme une option (même de dernier recours) ou qui prend des mesures contre ses membres qui refusent de l'appliquer, ce groupe ne mérite pas votre soutien.

A part ça ? J'aimerais leur dire que je les aime, que j'aurais aimé avoir la chance de leur montrer que j'ai mûri, que je me débrouille bien et que je suis heureuse.

J'aimerais leur dire qu'il est possible de maintenir le contact familial, quel que soit le désaccord et la manière dont il a été exprimé.

J'aimerais dire à mon père que je continuer à penser que c'est un homme honorable, que je regrette que nos relations passées n'aient pas été meilleures. Je lui dirais que j'espère que nous pourrons recommencer et que cette fois, cela marchera. J'aimerais aller au cinéma et au restaurant avec lui, m'engeuler avec lui sur la politique. Je dirais à ma mère que je souhaite pouvoir faire la cuisine, papoter et aller visiter les jardins de Descanso avec elle. Je dirais à mon oncle qu'il est toujours le plus fort au jeu du dictionnaire, qu'il est adorable dans sa blouse de poète, que s'il m'emmène encore une fois au festival culturel, je me lèverais et applaudirais avec lui. Je dirais à ma tante Virginia qu'elle est géniale, qu'elle l'a toujours été, et que j'aimerais qu'elle me conduise à l'autel à mon mariage.

Je n'aurais sans doute jamais l'occasion de le leur dire et ils vont penser que ces paroles sont vides de sens, parce que, en parallèle, je critique la scientologie. Mais je veux que chacun sache qu'il est possible de critiquer les dirigeants de la scientologie et d'aimer sa famille en même temps.

C'est mon histoire, même si elle est un peu longue.

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